Les Routes Millénaires — Thousand-Year-Old Roads

Routes levantines ou chemins de l’esprit, nous les sillonnons sans répit au risque de nous y croiser, frères ennemis, mais compagnons d’infortune d’un pays au bord de l’oubli.

This is a story in French about my home country Lebanon. Bon courage et bonne lecture chers amis.

Photo by Dorsa Masghati on Unsplash

Des routes six fois millénaires, chemins du hasard qui mènent vers des destinations improbables. Et sur ces routes nous marchons, pour marcher, sans autre but que celui de partir vers l’avant, pour paraphraser Baudelaire:

Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir; cœurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s’écartent,
Et, sans savoir pourquoi, disent toujours: Allons!

Routes levantines ou chemins de l’esprit, bitumes poussiéreux ou expériences de pensée, nous les sillonnons sans répit, au risque de nous y croiser, frères ennemis, compagnons de route néanmoins, d’infortune sûrement, d’un pays au bord de l’oubli.

Et je te poserai ces deux questions qui reviennent invariablement dans les conversations qui naissent entre deux inconnus qui se croisent sur ces routes.

من بيت مين؟
من وين؟

D’où viens-tu?
Quel est ton nom?

Ta fierté dépassera ta méfiance, tu me diras tout: ton nom de famille, ton village d’origine, me livrant par là-même ta religion, ta confession, ces identifiants sociaux et mêmes politiques sur lesquels repose le cœur de nos identité meurtrières, si bien décrites par Amine Maalouf.

Et alors, je me souviendrai. Je me souviendrai que vous nous avez pourchassés comme des chiens, que vous avez occupé nos maisons, brulé nos sanctuaires, massacré nos pères, assassiné nos femmes et nos enfants, que vous vous êtes tournés vers l’Extérieur pour mieux nous trahir et détruire Notre Pays pour le remplacer par le Vôtre.

Sur le point de me fermer à la conversation pour mieux te haïr, je me souviendrai aussi que nous vous avons fait de même.

Je me souviendrai que ce qui nous sépare n’est qu’un miroir dans lequel ce que nous portons en nous de ressentiment stérile et de noirceur se reflète pour mieux nous aveugler.

Je me souviendrai que vous avez pleuré vos morts durant quarante jours de deuil, ceux-là mêmes durant lesquels nous avons pleuré les nôtres, quarante jours de deuil qui transcendent les religions, quarante jours où les nôtres et les vôtres auront été Un dans la douleur et les larmes qui les séparent de leurs morts.

Je me souviendrai, et te dévisageant, je devinerai tes souvenirs. Je verrai dans tes yeux ce que tu vois dans les miens, ce reflet de méfiance, de souffrance, de deuil et d’incompréhension, et au delà, un soupçon d’espoir, celui d’avoir une conversation agréable avec un compatriote.

Alors, nous nous essaierons sans doute à ce jeu immémorial qui consiste à nous trouver des amis, des connaissances communes, des parentés supposées lointaines mais O plus proches que soupçonné, voire, des lieux dont nos mémoires se souviennent de la même manière, des plats qui nous rappellent ce qui reste de beau dans ce pays au bord de l’oubli. Nous nous raconterons nos vies, nos souvenirs peut-être, nos exils surement, nos échecs aussi, nos enfances et celles de nos enfants.

Et jusqu’au prochain carrefour, nous nous raconterons nos aspirations pour ce pauvre pays auquel nous croyons toujours, et nous nous quitterons à la croisée des chemins, meilleurs amis du monde, ou simples connaissances de passage, mais nous aurons laissé un Liban un peu plus beau à la fin de ce périple commun.

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Rabih

Lettre de Motivation

Une petite pointe d’impertinence peut mener loin. Ou pas. A utiliser avec parcimonie. Ou pas.

Photo by Tim Gouw on Unsplash

Monsieur,

Bien embarrassée par une introduction à cette lettre que les muses ne se sentent pas pressées de m’inspirer, je rentre dans le vif du sujet sans ambages et autres fioritures et vous prie d’excuser ces tergiversations.

Je me présente donc, je suis Mélodie Lalangue, orthophoniste de formation, métier auquel mon nom semble me prédisposer, et titulaire d’un diplôme de Maitrise en orthophonie.

Je suis actuellement étudiante en Master 2 Création Artistique — parcours Musicothérapie à l’Université Paris Descartes, formation à laquelle me prédisposait sans doute mon prénom cette fois. Dans le cadre de cette formation, je suis à la recherche d’un stage pratique de musicothérapie dans un établissement sérieux pour compléter mon cursus.

Lors de mes précédentes expériences, j’ai eu l’opportunité de découvrir l’efficacité de la musique dans l’accompagnement des patients avant, durant et après des chirurgies qui affectent leurs états physiologiques et psychiques, notamment des chirurgies sans anesthésie générale.

Si la musique seule ne guérit pas les maux, elle contribue grandement au bien-être du patient, selon un ancien adage qui se vérifiait tous les jours lors de mes stages précédents, à la stupeur de la Traditionnelle Ecole de la Pratique Ancienne et Acceptée à laquelle adhéraient nombre de mes collègues, ceux, en tout cas, qui ne jurent que par les thérapies médicamenteuses. Voyez-vous, la musique adoucit les mœurs.

Au cours de mes recherches, infructueuses pour le moment, mais le salut ne saurait tarder, j’ai appris que certaines procédures au sein de votre établissement se pratiquent sous anesthésie locale avec un accompagnement comme l’hypnose. Je suis convaincue que la musicothérapie peut être une approche complémentaire et que la collaboration entre différentes disciplines d’accompagnement dans ce type de procédures ne peut que favoriser la qualité des soins. “Plus on est de fous, plus on rit” est un adage qui pourrait s’appliquer littéralement à ces approches novatrices, hypnose, musique, que d’aucuns qualifieraient de folies, et leurs promoteurs de fous.

Mais nous n’en sommes sans doute plus à cette étape primaire de la réflexion dans un établissement tel que le votre, ou peut-être pas encore, ce qui constituerait un défi que je serai très encline à relever. Voyez-vous, un stage dans ce domaine au sein de l’hôpital me permettra de développer mes connaissances et mon expérience dans l’accompagnement des patients en musicothérapie, et de m’ouvrir à d’autres domaines d’accompagnement, tout en permettant à l’hôpital de s’ouvrir à plus de domaines thérapeutiques non médicamenteux qui démontrent tous les jours leur efficacité en tant que complémentaires des thérapies médicamenteuses.

La combinaison de mon expérience professionnelle en tant qu’orthophoniste et de ma formation en musicothérapie est une valeur ajoutée qui me permettra de mettre en place des projets thérapeutiques personnalisés qui se basent sur ces deux approches qui, comme vous le savez, sont toutes les deux fondées sur des preuves scientifiques. Les pseudo-sciences n’ont pas leur place dans une candidature sérieuse, vous en conviendrez.

A ce stade de ma lettre, je devrai peut-être essayer de vous convaincre de mes capacités de travail en équipe, de ma rigueur et autres qualités génériques du candidat idéal et idéalisé, mais je crois qu’un stage pratique me permettra de les démontrer de manière beaucoup plus convaincante que n’importe quelle diatribe énumérant des chimères du monde de l’entreprise, que j’éviterai bien évidemment d’inclure dans cette lettre. Il vous suffira de constater que je mets l’humain au centre de mes préoccupations professionnelles pour que tout le reste suive et que la musicothérapie se mette en musique.

Dans l’attente de votre réponse, et pour finir cette lettre sur une note plus classique et moins irrévérencieuse, je reste à votre disposition pour de plus amples informations et vous prie d’agréer mes salutations distinguées, sans me tenir rigueur de ces quelques pointes d’impertinence dont j’ai eu l’outrecuidance de parsemer ma prose, dans le but de piquer votre curiosité et vous éviter ce qui aurait autrement été une bien fade lecture.

Cordialement,

Mélodie Lalangue

A Rita, a Claire, mes complices dans cette entreprise d’irrévérence

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Rabih

La route du succès

Nos succès sont collectifs.

Ce sont d’abord les nôtres évidemment, mais également ceux de nos parents, de nos familles, ceux de nos maitres, de nos professeurs, les succès de ceux qui nous ont appris, qui nous ont encouragés sur le chemin, de ceux qui ont eu foi en nos projets, qui ont cru en nous. Ce sont les succès de nos communautés, de ceux qui étaient avant car nos réussites honorent leur mémoire, de ceux qui viendront après, songez à Gibran dont le Liban est si fier, à De Gaulle qui a façonné la France d’après-guerre. Ce sont les succès du pays qui nous a vu grandir, et peut-être de celui qui nous verra mourir.

Ils appartiendront aussi à ceux que nous avons vu tomber et pour qui nous avons eu un mot d’encouragement, un sourire de compassion. Nos succès les porteront vers les leurs.

Mais dans les longues nuits qui les précèdent, où l’on tente et retente en vain, où l’on tombe sans parfois se relever, dans la solitude de ce chemin sans lumière, chers amis, ne détournez pas vos regards, faites que nos échecs soient solidaires.

Let the board sound

Rabih

Rêve éveillé

Bleu. Rouge. Bleu. Rouge… Un bruit continu, une modulation assourdissante… Des cris, indistincts, paniqués… Le noir, le silence, puis, un plafond blanc qui s’enfuit… des visages qui lui courent après, et du noir, encore…

Je me réveille. 4 heures du matin. Encore un cauchemar me dis-je. J’en ai la gorge sèche. Trop engourdi pour aller à la cuisine, je cherche des yeux quelque chose pour oublier ma soif. Un puzzle m’attire irrésistiblement, la création d’Adam, chapelle Sixtine. 206 pièces.

Pas trop compliqué, ça me prendra une petite heure, le temps de me rappeler au souvenir de ce brave morphée. Je commence par les coins comme tout passionné de puzzle qui se respecte, je m’applique, mais ça n’avance pas. Une horloge tinte dans le lointain, 4h30.

“Résous-le!”

Une voix intérieure résonne dans ma tête, comme une explosion. “Résous ce puzzle!” Un sentiment d’urgence m’envahit soudain. Où avais-je la tête? Il faut conclure au plus vite! Il va où le cubitus? Aurais-je interverti les tibias? Et cette rotule qui ne s’imbrique pas sur ce genou?
Morphée finit par se manifester alors que je pose la dernière pièce du puzzle, celle où l’index du bon Dieu rencontre celui de sa fragile créature. Mes yeux se ferment juste à temps…

Je saurai plus tard à ma sortie du coma que le chirurgien orthopédiste aura fait des miracles sur une grande partie de mes 206 os et que je lui dois de pouvoir me tenir à peu près debout aujourd’hui malgré la gravité de mon accident. Je fais deux bons centimètres de moins à cause de mes tibias passés au moulin et je ne serai jamais champion de course à pied, mais je marche encore et je peux même courir dans mes bons jours grâce à lui également. La rotule est toujours aux abonnés absents, mais heureusement, les cubitus tiennent encore la route. Des miracles je vous dis. Ma moto quant à elle n’est plus qu’un lointain et douloureux souvenir, cédée avec hargne à l’épaviste au poids de ferraille par ma mère, qui depuis garde un cierge allumé à l’intention de son grand garçon à Saint-Sulpice, que Dieu me la garde.

Depuis ce jour, une pensée me hante, celle de la dernière pièce de puzzle où se rejoignent l’humain et le Divin, le mortel et l’Eternel, à travers leurs indexes qui se frôlent. Voyez-vous, de tout mon corps, les os de mes membres supérieurs ont le plus souffert et à un moment de ma jeunesse, j’avais arrêté de compter les opérations qui m’ont finalement permis de pouvoir tenir une fourchette à peu près correctement. Les seuls os à en avoir réchappé sont ceux de mon index gauche, celui-là même que le bon Dieu semble toucher dans la fresque de la chapelle Sixtine. Et j’y ai vu un signe, un appel à utiliser ce rescapé de l’hécatombe pour transmettre le don de vie qui aurait dû m’être refusé.

J’ai donc repris mes études de médecine, abandonnées dans une vie antérieure pour l’amour d’une créature à deux roues et me suis spécialisé dans les greffes, pour redonner la vie à ceux qui allaient en être privés par la faute d’un cœur trop fatigué ou d’un poumon trop faiblard, vie qui leur est involontairement donnée en cadeau par des têtes brulées qui ne réalisent pas la chance qu’elles ont d’être jeunes, en bonne santé et de pouvoir croquer la vie à belles dents, et qui décident un beau jour d’aplatir leur électroencéphalogramme pour une dose d’adrénaline dans un bolide à 8 cylindres.

J’ai eu la chance d’en réchapper, d’autres ne l’auront pas. Alors de grâce mes amis, prenez soin de ces cadeaux que sont votre jeunesse et votre santé, d’autres n’ont pas eu ces privilèges …

Un ex-jeune rescapé des kilomètres/heure

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Rabih

PS: cette histoire est purement fictive, toute ressemblance avec des personnes ou situations réelles est fortuite.

Ecrire pour faire une différence

5959 jours, passés comme un songe. Les premiers jours, on est tout ouïe, à l’affût de la moindre nouvelle, de la moindre rumeur. Puis le temps aidant, on réussit à s’affranchir aurais-je dis il y’a encore quelques mois, des actualités de ce lopin de terre coincé entre la rage de vivre au jour le jour et les jours sans lendemains. C’est vous dire au bout de 5959 jours à quel point l’actualité politique et économique du Liban m’était devenue étrangère à défaut d’étrange, non pas par rejet de mes origines mais par réflexe d’auto-préservation, car prendre sur soi les soucis du vieux pays alors que l’on surnage dans une France que l’on essaie de faire sienne pour survivre à la séparation, ferait ployer le plus serein, rendrait fou le plus sage.

Photo by Joe Kassis

C’est donc relativement immunisé des actualités libanaises que je me suis lancé il y’a quelques mois dans cette entreprise un peu folle qui consiste à écrire des articles sur tout et n’importe quoi en espérant que quelqu’un dans ce vaste monde y trouvât une idée intéressante. Contre toute attente, je me suis retrouvé un beau jour à écrire sur le vieux pays et je me suis surpris à suivre l’actualité de ce coin du monde de manière plus qu’assidue, notamment à travers les colonnes d’un quotidien francophone qui a l’amabilité de publier certains de mes articles dans sa rubrique Courrier.

Et je suis, ma foi, assez surpris de ne pas être surpris justement par ce que je lis: nos politiciens gèrent toujours le pays comme une épicerie, ou plutôt comme une ferme dont nous serions le bétail, et ce, malgré une différence de taille survenue au cours de ces 5959 jours, à savoir une épée de Damoclès plus que jamais suspendue au-dessus de leur trône, celle du citoyen qui n’a plus rien à perdre, et qui a donc tout à gagner d’une révolution, et Dieu sait le sang que les révolutions répandent avant de répandre les bienfaits qu’elles promettent aux peuples qui se soulèvent, quand elles sont assez magnanimes pour le faire.

Quant à moi, je persévère dans cette entreprise un peu folle d’écrire sur tout et n’importe quoi durant ces longues nuits d’hiver de ma patrie d’adoption, en sirotant un Ron du Venezuela, un trait de cognac ou un café agrémenté d’une écorce d’orange, en ayant l’outrecuidance de vouloir faire une différence dans ce monde, ou tout au moins de l’espérer, pour l’amour de mon pays d’origine, le Liban.

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Rabih

Bonnes résolutions

Dernier jour de l’année. Minuit. Je songe à toutes ces années qui se sont terminées de la même façon, un 31 décembre, comme cette année. Toutes ces années qui ont commencé par des promesses non tenues et ont fini en forfaiture. Tous ces 31 décembre ou j’ai pensé pouvoir encore sauver cette infime partie de mon âme qui compte encore pour quelque chose, celle qui garde encore les quelques souvenirs d’enfance qui me restent, celle qui m’animait il y’a encore quelques années, quand je portais encore dans mon cœur ton nom gravé en lettres de feu, quand j’y croyais encore, quand j’avais la foi.

Tous ces débuts de janvier qui m’ont finalement mené à travers compromissions et trahisons vers le même 31 décembre, année après année. Tous ces 31 décembre où l’on se promet monts et merveilles tout en sachant que rien ne sera tenu, où l’on noie sa conscience dans les limbes du néant à grand renfort de champagne et de foie gras pour mieux oublier ces promesses que l’on est supposé se faire et que l’on nomme bonnes résolutions, trop honteux que l’on est de les voir pour ce qu’elles sont, des vœux pieux.

Cette fin d’année est néanmoins différente. Pour la première fois, elle n’a pas le goût du dégoût de soi vite noyé dans un verre d’alcool, une poignée de billets et des promesses sans lendemain. Elle a un goût amer, un goût de cendre. Les cendres de ton nom, consumé sur l’autel de la forfaiture par un soir d’août, par ma main, par ma faute. Les trente deniers que j’aurai touché pour cet acte me brûlent la peau, me crèvent les yeux. Je ne me savais pas avoir encore une conscience après avoir tant couru derrière le pouvoir et les vains honneurs, mais voilà, face au sacrilège suprême, elle se rebelle, elle se rebiffe, elle se rappelle à mon souvenir.

Alors en ce 31 décembre, je me fais une promesse. Celle de me retirer de la vie publique dont je suis indigne. Celle de me consacrer à ta reconstruction, non pas à partir du confort du fauteuil du pouvoir auquel je suis tellement habitué, mais sur le terrain, humble ouvrier sous les ordres de ces contremaitres, qui se dépensent depuis des années sans compter pour te garder à flot, envers et contre tout, pompiers sacrifiés sur ton port, urgentistes et infirmières sanglants cherchant les victimes de mon sacrilège dans les décombres de la ville, et tant d’autre sacrifiés sur le même autel que toi, soldats sur tous les fronts où ton nom doit être défendu.

Je reprends leur serment à mon compte, qui est celui de ton armée, institution qui n’aura jamais failli.

Je jure par Dieu Tout-Puissant de faire mon devoir jusqu’au bout, afin de préserver le drapeau de mon pays, et de défendre ma patrie, le Liban1.

أقسم بالله العظيم أن أقوم بواجبي كاملاً، حفاظاً على علم بلادي، وذوداً عن وطني لبنان

Un responsable – مسؤول

Optimisme prudent

Chers compatriotes. Comme vous vous en doutez, on ne résout pas un problème à 90 milliards en deux coups de cuiller à pot.

Certains signes néanmoins, au crédit des libanais de bonne volonté qui ne manquent pas dans ce vaste univers, semblent indiquer que nous n’avons pas encore touché le fond. Mauvaise nouvelle pourriez-vous me rétorquer, dans le sens où il y’aurait encore de la marge en termes de descente aux enfers. En ce qui me concerne, je voudrai voir le verre à moitié plein en cette fin d’année si vous le permettez, l’optimisme n’ayant jamais aveuglé les lucides, que les rêveurs.

On ne rembourse pas une ardoise de 90 milliards d’un coup baguette magique, mais…

Le peuple est aujourd’hui plus soudé face au pouvoir qu’à n’importe quel moment des 50 dernières années. La diaspora s’est mobilisée pour les élections de 2022 et plus de 230 000 personnes pourront voter depuis les ambassades et consulats du Liban un peu partout dans le monde, pour les candidats de leurs circonscriptions d’origine, malgré un suspense qui aura duré de coup de théâtre en coup de sort jusqu’à la tombée du rideau.

La satire politique et la critique des travers de la société sont bien vivantes, portées qu’elles sont par une nouvelle génération de stand-ups et de one man/woman shows, et plus généralement d’artistes et d’activistes qui n’ont rien à envier à leurs ainés.

Suite à la tragédie du 4 août 2020, les libanais se sont redécouvert une fibre sociale, puisqu’ils n’ont jamais été un peuple froid et fermé. Ceux qui pouvaient ont prêté main forte à ceux qui ont tout perdu. Des associations d’aide se sont mises en place spontanément, et la diaspora n’a pas été en reste. Le réseau des forces vives à travers le monde s’est mis en branle et il est considérable. Les associations de libanais de la diaspora, les entreprises qui ont des liens solides avec le pays, les fils et les filles du pays qui vivent sous des cieux plus cléments sur les cinq continents ont donné de leur temps et de leurs moyens pour le Liban, et les résultats sont visibles sur le terrain.

Une grande partie des dons et des aides cible aujourd’hui le système éducatif et en cela, les libanais font preuve d’une grande sagesse: les générations futures seront celles qui relèveront les défis que notre génération aura subi de plein fouet et si le Liban des années 2020 leur aura tout pris, il est permis de croire qu’il aura tout fait pour leur laisser l’éducation, c’est à dire l’essentiel.

D’autre part, les expatriés continuent d’affluer au vieux pays pour les vacances d’été et les fêtes de fin d’année malgré les milles outrages qu’ils rencontreront entre l’insécurité et les pénuries de carburant et d’électricité pour n’en citer que quelques-uns, et que leurs frères et sœurs de cœur restés au pays subissent quotidiennement, stoïquement, pour l’amour de leur patrie malgré ce qui leur en coute, malgré ce qu’ils en disent. C’est dire à quel point le Liban est chevillé aux âmes de ses enfants, qui, s’ils ont le verbe haut, ont néanmoins un cœur à la mesure de leur grande gueule.

En fin de compte, pardonnez la naïveté de mon ton et de cet article. Ceux qui me connaissent savent que je suis d’un réalisme pour le moins ennuyeux mais je me fais violence en cette fin d’année en affichant un optimisme à la limite du raisonnable. J’en ai besoin et vous aussi sans doute, si vous me permettez cette remarque.

Ceci étant, soyons lucides, soyons prudents. “Il suffit d’un peu d’électricité et d’une connexion Internet pour faire tourner la boite” pour citer un patron libanais qui porte le Liban en son cœur, et je pense que l’on peut étendre la métaphore à un pays, mais il suffit d’un grain de sel dans ce système instable qu’est devenu le Liban pour faire basculer les choses du côté obscur.

Optimisme prudent donc, car en effet, on ne résout pas un problème à 90 milliards en deux coups de cuiller à pot, mais il faut bien commencer quelque part.

Aux Amis du Liban,

A Wissam

Joyeuses fêtes à tous and let the board sound

Rabih

Le soleil se lèvera-t-il au bout de la nuit?

Il est 23h38. Je sirote mon café agrémenté d’un bout d’écorce d’orange en cette froide nuit de décembre. Un truc que j’ai appris de mon frère, un fin palais celui-là, et que je vous conseille vivement. L’écorce d’orange, pas le café de minuit bien sûr, si vous tenez au sommeil. Personnellement, le café ne me fait aucun effet, j’irai dormir sur mes deux oreilles dès que nous aurons fini cette conversation cher lecteur, sans doute à cause d’une accoutumance à l’adrénaline et aux effets du stress que je dois à mes origines.

Photo by Andres F. Uran

Je sirote mon café donc, et je pense à cette malédiction du départ, qui n’est que l’autre face de celle de rester. Au-delà des polémiques et autres diatribes sur le sujet, quand on y pense, peu de nos compatriotes partent par choix. Entre le départ et la famine, c’est contraints et forcés qu’ils font leurs bagages quand l’opportunité se présente, et des fois sans même attendre qu’elle ne le fasse. Quant à ceux qui restent, c’est dos au mur qu’ils subissent leur dur destin et le choix n’a rien à faire là-dedans non plus. Ils partiront quand leur heure sera venue, si tant est qu’elle viendra, vers d’autres contrées ou un monde meilleur et ce ne sera pas par choix. Partants, restants, ils partagent la même malédiction.

Alors qu’importe si tu pars ou si tu restes, quand l’avenir que tu contemplais t’échappe et que la faim ou l’exil sont les seuls choix qui restent. Mais s’agit-il vraiment d’un choix? Plutôt un dilemme il me semble. Le choix, tu le feras après: Porter ou pas le nom de notre pays bien haut dans les contrées où tu poseras tes valises après avoir laissé une partie de toi derrière, garder ou pas la tête haute dans cette vallée de larmes où tu restes quand tes amis, tes frères, tes compatriotes partent par milliers, par centaines de milliers… Je suis parti, il y’a de cela des années maintenant. Pas vraiment par choix, pas vraiment contraint, j’avais l’impression de suivre un destin, le destin de ceux qui m’ont précédé, de ceux qui me suivront. Un départ est toujours compliqué à expliquer. Il comporte sa part de lumière et sa part d’ombre et le voyageur n’est pas toujours prêt à faire face à cette dualité. J’imagine que ceux qui restent ne sont pas non plus épargnés par la part d’ombre que ce pseudo-choix comporte également.

Cher lecteur, il est 2 heures du matin et je vois tes yeux qui se ferment déjà. Partant ou restant, tu baisses les armes face au vainqueur universel qu’est le sommeil. Tu aurais dû te le faire couler, ce café agrémenté d’une écorce d’orange. Des écorces, il en reste encore d’abordables au Liban, à défaut du fruit qu’elles sont supposées couvrir, mais elles feront l’affaire. Fais-le donc couler ce café, et trinquons. Attends! Avant, fais couler un filet de bourbon dedans, ça porte malheur de trinquer à la bibine édulcorée. Et trinquons donc. Buvons ce café de minuit à l’honneur de notre pays qui n’existe que depuis 1920 mais qui a été façonné tout au long de plus de six mille ans d’histoire, tout au long des millions d’histoires que ceux qui nous ont précédés se sont racontées et que ceux qui nous suivront se raconterons peut-être, il est permis d’espérer, autour d’un feu de bois ou d’une chandelle, ou un peu comme nous le faisons, autour d’un café agrémenté d’une écorce d’orange, par écrans interposés, mais partageant un fardeau qu’ils seront seuls à porter: du fond de cette nuit noire au bout de laquelle le soleil ne se lèvera peut-être pas, ils sont les uniques dépositaires de l’histoire d’un pays au bord de l’oubli, ils sont les seuls garants de sa continuité.

Alors cher lecteur, où que tu sois, fais que le soleil se lève au bout de la nuit.

A Salim

Let the board sound

Rabih

Cet article a été également publié dans les colonnes de L’Orient-Le Jour.

Une leçon d’échecs

1990, vers février ou mars. La dernière phase d’une guerre qui grondait depuis 15 ans. Dans la salle de séjour, entre deux sifflements d’obus, un papa, une paire de ciseaux à la main, découpait un bout de carton en petits confettis qu’il coloriait ensuite en noir ou en rouge. Ainsi émergèrent un roi, un fou, un cavalier. Un pion. Deux pions. Une tour. Un jeu d’échecs, avec les moyens du bord.

Photo by Hassan Pasha

C’était la partie la plus facile de l’initiative. Encore fallait-il apprendre les règles d’un jeu millénaire à deux enfants de 7 ou 8 ans. Et éviter une guerre civile à l’échelle de l’appartement puisqu’une partie de gagnée est également une partie de perdue de l’autre côté de l’échiquier. Tout dépend du point de vue. Noirs ou Rouges. Eux ou Nous. Chrétiens ou Musulmans, Maronites ou Druzes, Chiites ou Sunnites. Mais aussi Forces Libanaises, OLP, Force de dissuasion Arabe, Amal, Hezbollah, Aounistes, Marada, Mourabitoun, IDF, et j’en passe. Une pagaille sans nom qui aura duré 15 ans et six mois, ou plutôt, qui aura couté 150 000 morts, 100 000 blessés, 250 000 émigrés et un bon petit million de déplacés si l’on utilisait une unité de mesure plus adaptée que les mois et les années à l’ampleur de cette catastrophe.

Et au milieu de ce maelström, un papa, un jeu d’échecs qui tient dans une boite d’allumettes et deux enfants qui apprennent tant bien que mal qu’un roque vaut mieux qu’un massacre de reines dans cette vaste partie d’échecs qu’est la vie.

En conclusion, à tous ceux qui glorifient la guerre, qui font sa promotion, qui en font une solution pour déloger les dictateurs et libérer les peuples opprimés, allez vous faire pendre ailleurs. Ne connait vraiment la guerre que celui ou celle qui l’a vécue, et croyez-moi, pour en avoir vécu une, ce n’est la solution à aucun problème.

A bon entendeur.

Let the board sound

Rabih

Plaidoyer perdu d’avance

Votre honneur,

Je ne sais comment débuter cette plaidoirie, d’une part car je ne sais jamais comment en débuter une, d’autre part car le sujet que je souhaite plaider a été tellement rabâché que ça en est devenu le cliché le plus éculé de l’histoire moderne. Je tiens pourtant à rajouter sans prétention ma pierre à cet édifice auquel maints théoriciens de la chose publique et de la politique, tous bien plus éminents que moi, ont déjà contribué. Permettez-moi donc de m’adresser aux prévenus.

Prévenus. J’aborde ce sujet avec tellement de candeur, et je m’en rends compte, que je suis à deux doigts de lâcher ma plume par crainte du ridicule de ma position. Ou de la vôtre. Cela étant, c’est peut-être justement cette candeur qu’il vous faut, puisque vos interlocuteurs habituels et autres contradicteurs de circonstance sont tous sans exception des sherpas de la politique alambiquée et tordue de ce coin du monde. Expertise que je suis loin d’avoir, Dieu merci.

Allez. Candeur. Je me lance donc avec une première question plutôt candide vous en conviendrez:

Quand donc avez-vous fini par verser dans la prostitution?

Photo by Vadim Kaipov

Avant d’avoir vendu vos idéaux au plus offrant? Après les avoir perdus?

Avant de vous autoproclamer champions du socialisme et du progrès? Ou après, une fois que votre système féodal ait étouffé ce qui restait d’idéal chez vos ouailles?

A moins que ce ne soit avant d’avoir trahi la cause des déshérités? Après les avoir asservis à votre clientélisme, cette drogue dont dépendent aujourd’hui les enfants et petits-enfants de ceux qui n’avaient déjà rien? “Mais à celui qui n’a rien, cela même qu’il a lui sera ôté“. Je ne vous croyais pas si pratiquants, si pénétrés de la parole du Seigneur…

Quand donc avez-vous vendu votre vertu? Avant d’avoir renié le serment qui vous reliait à votre patrie? Après? Avant d’avoir vendu vos frères d’armes, ceux-là mêmes auprès de qui vous aviez juré de protéger le sol de votre partie, ceux-là mêmes dont votre serment vous rendait responsable? Ou après avoir baisé la main du maître de ce monde, le fauteuil du pouvoir?

Avant d’avoir pris les armes? Après avoir abandonné vos études, vos vocations? Au cours de vos luttes fratricides qui ont laissé sur le carreau tant de vos frères, de vos alliés? A partir de quel assassinat l’innocence de votre âme à-t’elle péri?

Au bout de combien de sesterces avez-vous réussi à changer d’allégeance? Combien d’expropriés, combien de pauvres hères conduits à la banqueroute aura-t-il fallu pour anesthésier votre conscience? Combien de fois avez-vous dû courber l’échine, combien de mains, de pieds avez-vous dû baiser pour toucher les piécettes qui vous sont aujourd’hui refusées ?

Quand donc avez-vous décidé d’oublier la piété de vos parents, les préceptes de votre prophète, le dieu de vos maîtres spirituels, celui que vous aviez juré de prier, de servir, pour vous tourner vers d’autres idoles, celles du pouvoir armé, celles de la corruption du pauvre peuple, celles des alliances opportunes et opportunistes?

N’êtes-vous pas revenus à la raison quand le destin vous a éprouvés dans votre chair? N’avez-vous pas ressenti l’urgence de vous racheter quand vos pères, vos frères ont été assassinés par une main sans honneur et sans nom? Quand vos fils ont péri sous les balles? Quand vous avez été bannis, quand vous avez connu la flétrissure de l’exil, de la fuite, la damnation de la prison, le poison de la calomnie? Quand la maladie vous a rongés?

Il fut un temps où vous aviez sans doute d’autres ambitions, d’autres valeurs que celles qui vous font tourner aujourd’hui. Vous étiez nés dans des familles humbles, dans des villages montagneux, des banlieues populaires. Rappelez-vous de cette époque. Puis les premières compromissions, avec vous-mêmes d’abord, petit coup de canif à vos idéaux d’alors, puis, de coup d’épée en coup de sabre, vous êtes devenus les apôtres sans vergogne de démons immémoriaux: la guerre, le pouvoir. La corruption.

Vous êtes trop puissants pour le commun des mortels, on ne peut plus vous atteindre. Vous avez le monopole des armes, du pouvoir, de l’argent. Et surtout la capacité, que dis-je, la malédiction d’accaparer les âmes des pauvres gens qui voient en vous la seule lueur d’espoir et qui sont nombreux à se damner pour consolider votre emprise sur ce qui reste de ce pays, de ce peuple. Vous servez des dieux trop vils, des maîtres trop sombres.

Vous pouvez toujours inverser le cours des choses et éviter de finir dans les poubelles de l’histoire. Faites-le pour la mémoire de vos pères. Faites-le pour laisser autre chose que des dettes infamantes, un héritage qui jette un peu moins l’opprobre sur votre nom. Et si cela ne vous parle pas, faites-le pour faire la Une des journaux. Pour vous refaire une virginité. Pour pouvoir vous regarder dans une glace sans vous cracher dessus, que sais-je! Mais faites-le vite car bientôt, il ne restera plus grand monde pour chanter vos louanges en ce bas monde. Et ne comptez pas trop sur l’au-delà pour vous couvrir de lauriers…

Je n’ai rien à rajouter à cette plaidoirie votre honneur.

Let the board sound

Rabih

Cet article est également publié dans les colonnes de L’Orient-Le Jour.

Lettre à une amie

Chère amie,

Je t’écris ces lignes sans trop savoir où elles nous mèneront, sans trop savoir pourquoi je prends la plume. Il est une heure treize du matin. Je n’ai ni la clarté des idées ni l’assurance du verbe qui légitimeraient un titre à cette missive, en introduction aux lignes qui devraient ou auraient dû en découler. Nous coucherons donc ces lignes ensembles, à la faveur d’une inspiration que le silence de la nuit, un verre de cognac et quelques souvenirs douloureux sans doute, joyeux peut-être, marquants sûrement, se chargeront de favoriser, pour donner corps à une diatribe, qui, j’espère, ne s’éparpillera pas trop. Mais il me semble que je m’éparpille déjà…

Il fut un temps, pas si lointain, où je n’étais pour toi qu’un inconnu de plus qui, débarquant à Roissy en ce 20 septembre, venait quémander une place au soleil. Le voyage ne fut pas des plus reposants: un aller simple, un retard de huit heures à Athènes et une arrivée mouvementée à la Maison des Elèves de Telecom Paris, Maisel pour les initiés.

Il m’aura fallu trois mois pour t’apprivoiser, Ô rouleau compresseur exquis. Que de jours n’ai-je savouré ta beauté sublime tout en subissant l’écrasante tyrannie de ton rythme. Que de fois, du haut de mon balcon au huitième ne me suis-je retrouvé la nuit à murmurer ces quelques mots de Baudelaire, cette incantation au Vieux Capitaine, cette injonction à lever l’ancre. Non pas pour fuir l’ennui mais pour mieux succomber à l’appel du vieux pays, à la tentation de plier bagage pour revenir à ma zone de confort, suicide symbolique de l’immigré raté, risée des siens pensais-je à l’époque, mais suicide Ô combien réel aujourd’hui, à l’aune des évènements de ces deux dernières années que rien ne laissait présager à l’époque.

Au bout de ces trois mois donc, point de vieux capitaine, encore moins d’ancre. Ce fut le coup de foudre réciproque, l’amour qui dure encore. Des hauts et des bas, nous en aurons pourtant eu, mais les départs fracassants auront toujours été suivis de retours, jamais de regrets. Je t’en aurai préféré d’autres, j’en aurai même courtisé quelques-unes, orientales, saxonnes, tu m’auras fait subir les rigueurs de ton tempérament, le feu de ta rébellion.

Car tu es rebelle chère amie. Tu as un caractère bien trempé dirai-je, si je voulais faire dans la dentelle ou l’euphémisme. Un caractère de chien si je prenais un ton plus familier pour cet article. Et pourquoi pas au fait? Je le dis donc, haut et fort: à bas la dentelle. Je concède pour autant que tu auras dû bien des fois composer avec mes humeurs massacrantes. Et mon Spleen …, tu auras dû te faire violence pour le souffrir.

Un couple comme un autre. L’un suit, l’autre se laisse suivre, les rôles s’inversent, et puis c’est le coup de foudre, l’état de grâce, jusqu’au rappel des troupes, cette réalité où l’on fait véritablement la connaissance de l’autre, et suite à laquelle tout passe ou tout casse. Tout est finalement passé.

Tu as fini par avoir raison de mon Spleen, j’ai fini par apprivoiser ton caractère. Je t’aime encore, non plus d’un amour éclatant et fougueux qui veut dominer, façonner à sa guise, mais d’une amitié douce qui réchauffe le cœur. Je t’ai tout donné, tu m’as tout donné: je ne suis plus un inconnu de plus pour toi, tu m’as adopté comme l’un des tiens et pour cela, je te suis à jamais reconnaissant.

Mais au bout de toutes ces années, une petite flamme vacillante brille toujours dans mon cœur. Celle d’une mère patrie vieillissante que j’ai laissée derrière pour suivre mon destin. Une mère patrie qui perd la santé, qui perd la raison, mais dont le cœur bat toujours, dont le cœur à défaut de la tête, se rappelle encore et toujours ce fils parti il y’a des années mais qui revient de temps en temps prendre des nouvelles.

Chère amie, souviens-toi, tu fus sa marraine à une époque pas si lointaine, elle fut rebelle aussi, à sa façon, il y eut des hauts et des bas… Aujourd’hui plus que jamais, ta filleule a besoin d’amis. De vrais amis. Elle a besoin d’espoir, elle a besoin d’un phare, d’une lumière dans les ténèbres. Pour l’amour de Dieu, ne te renie pas, ne la renie pas, sois cette lumière, ce phare, reste ce flambeau de civilisation qui éclaire le monde, garde le cap pour elle quand d’aucuns qui se prétendent de ses amis l’auront d’ores et déjà perdu, quand d’autres ne l’auront jamais eu.

Reste Libre, Egale, Fraternelle, et garde dans ton cœur la nostalgie d’un Liban meilleur et le Liban vivra…

Bien à toi douce France

Rabih

Cet article est également publié dans les colonnes de L’Orient-Le Jour