Old Fashioned in Genève

21h. Je suis à la terrasse d’un hôtel tendance de la capitale helvétique. Le verre de rouge dans lequel je tente de noyer mon désarroi détonne au milieu des cocktails prisés par la clientèle cosmopolite du lieu. Je suis trop vieux où trop hors du coup pour savoir passer commande dans l’air du temps. Le temps est passé trop vite.

Je n’ai rien accompli qui restera dans les annales. Je peux me l’avouer face à mon verre de rouge et mon plateau de petits fromages suisses, personne ne saura. Je peux même parier sur l’avenir. Je suis venu au monde dans un petit lopin de terre quelconque au bord de la méditerranée, un petit pays au bord de l’oubli toujours convaincu d’être le plus beau pays du monde, et je mourrai à son image, quelconque, avec l’illusion d’avoir accompli quelque chose.

Voilà. Peut-être est-il trop tard pour changer tout ça, peut-être que je n’ai plus ce qu’il faut pour concurrencer les félins du conseil qui se la pètent dans l’arène. Ils génèrent de l’impact à la demande eux, ils ont tout compris. Tant pis, je les emmerde autant que je les envie, et de toute façon, je préfère les Old Fashioned à leur mélange de mezcal et de sirop de je ne sais trop quoi. Mais au menu, point de Old Fashioned. Trop “has been”. Je me rabats donc sur un pinot noir bien démodé à mon image, et je trinque à la santé de mes frères d’arme, tous ces illustres inconnus que le temps s’empressera d’oublier comme il m’oubliera le moment venu.

Minuit. Je suis encore à la terrasse d’un hôtel tendance de la capitale helvétique, et je compte les étoiles d’une nuit d’automne à Genève en regrettant celles que j’aurais pu décrocher.

A Charly.

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